La liseuse, Robert James Gordon (1877)

Ce site est le journal de mes découvertes au pays des merveilles des arts et des lettres.

Il est dédié à la mémoire de mon père, Pierre-Henri Carteron, régisseur de l'atelier photographique du Centre Georges Pompidou où il a travaillé de 1977 à 2001.

Un cancer de la gorge lui a ôté la voix. Les mots sont restés coincés en travers.

A ma mère qui m'a nourrie du lait de ses rêves.

"Ecrire, c'est rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour" (La part manquante, Christian Bobin).

jeudi 28 mai 2026

Mer intérieure

Je voulais partager une réflexion concernant le poème que j’ai écrit à la main et pour lequel j’ai demandé à une intelligence artificielle d’en proposer une version imagée. Le résultat est, je dois le reconnaître, visuellement très réussi, et m’a agréablement surpris par sa qualité esthétique.

Cependant, je tiens à préciser que je reste opposé à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ce contexte créatif. Malgré la beauté du rendu obtenu, mon choix personnel demeure de privilégier l’expression humaine ainsi que la créativité authentique, qui, selon moi, conservent une valeur irremplaçable.

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mercredi 20 mai 2026

Parfum d'amour, face au tambour

Elephant eye (série Revolutions)
Photographie de Yvette Meltzer

Pour Thibaud qui vit sous l'uniforme militaire

J'ai longtemps respiré ton odeur sur le tissu de ma chemise de nuit avant de confier le vêtement à la mâchoire chromée du monstre, ouverte comme un oeil. 

Au centre du tambour, le linge tournait, essorant mes larmes dans la promesse de retrouver le parfum de notre étreinte. 

Lorsque la machine s'est tue, quelque chose de toi est resté, invisible et tenace, comme une présence que le temps n'ose pas dissoudre. 

La distance s'est alors refermée. 

Et déjà j'imaginais nos corps se rejoidre dans le même sillage, lors d'une permission militaire. Et le monstre n'a pas broyé notre amour. Il grandit encore pour inventer sa propre forme.


J'ai découvert Yvette Meltzer par hasard sur internet, en cherchant des images de machines à laver. C'est une artiste américaine contemporaine, basée à Chicago, qui transforme les tambours métalliques en visages, gueules et formes animales : https://yvettemeltzer.com/revolutions

Le cormoran

La silhouette du cormoran surgit, fragile, telle une encre de Chine répandue sur l'immaculé d'un ciel de papier blanc. Là-haut, dans l'enchevêtrement des branches, il repose sur ses échasses et m'ouvre les bras comme on ouvre un refuge au bord du vertige. Il m'appelle à prendre de la hauteur, à m'élever au-dessus des marées intérieures pour affronter le vent violent qui tourmente les rivages de mon coeur.

 


La brûlure de l'angoisse

Sa tête est enterrée sous le poids des angoisses
Elle se demande où est passée l'alchimie amoureuse 
Qui l'a embrasée jusqu'aux cheveux 
Elle prie tandis que les larmes remontent à la surface
Elle berce la douleur cachée dans la béance de son coeur
Toutes les pensées honteuses sont parties se nicher dans l'hôtel des insectes.

Imaginez que ce buisson représente des cheveux
dressés sur une tête enterrée

mardi 9 septembre 2025

L'espace intérieur de mon coeur

Je n'ai jamais cherché à "être en couple" ni à m'occuper d'un intérieur, hormis celui contenu par l'espace de mon coeur. Il m'aura fallu des années pour nourrir correctement mon immense appétit de beauté, faire le ménage dans le brouillard de mes émotions, ramasser les bris de verre de mes amours éclatés.

A 50 ans, je me suis promis de fuir l'aliénation de la vie à deux. On finit bien trop souvent par soustraire chaque pierre de la forteresse amoureuse jusqu'à ce qu'elle s'écroule sous le poids des combats intimes.

Les cours de danse de salon m'auront mise sur la piste. Il faut "faire un pas de côté" pour "tomber sur le bon partenaire". L'équilibre réside dans le maintien du cadre, le travail des appuis, la fluidité des gestes. La liberté habite le corps de ceux qui impriment leur propre langage du bout des doigts, y compris dans le silence.

(texte écrit le 28 mars 2025).