La liseuse, Robert James Gordon (1877)

Ce site est le journal de mes découvertes au pays des merveilles des arts et des lettres.

Il est dédié à la mémoire de mon père, Pierre-Henri Carteron, régisseur de l'atelier photographique du Centre Georges Pompidou où il a travaillé de 1977 à 2001.

Un cancer de la gorge lui a ôté la voix. Les mots sont restés coincés en travers.

A ma mère qui m'a nourrie du lait de ses rêves.

"Ecrire, c'est rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour" (La part manquante, Christian Bobin).

dimanche 16 août 2026

Sur les traces de Worth à Suresnes : une histoire de mode et de patrimoine

 📚 Mille milliards de rubans — Loïc Prigent

Avec beaucoup d’humour et d’anecdotes, Loïc Prigent raconte la naissance de la mode moderne, du XIXᵉ siècle jusqu’aux débuts de Coco Chanel en 1913. On y croise Worth et les débuts de la haute couture, l’évolution vers le prêt-à-porter, les grands magasins de mode, mais aussi les crinolines, les bijoutiers, les innovations techniques et les transformations de la société.

❤️✨Une histoire qui me touche particulièrement

Cette lecture m’a donné envie de m’intéresser de plus près à Charles Frederick Worth et à sa résidence de Suresnes, une histoire qui me touche particulièrement puisque j’ai vécu près de 30 ans à Suresnes. J’ai tant de fois transité par la gare Suresnes-Mont-Valérien, sans jamais imaginer que, tout près, se trouvait autrefois l’immense propriété de Worth, dont il ne reste aujourd’hui que le Portail aux Escargots. Et comme un joli clin d’œil, c’est à l’hôpital Foch, construit sur une partie de l’ancien domaine, qu’est née ma fille. ✨

🐌🏰 Le Château Worth à Suresnes ✨

Charles Frederick Worth (1825-1895), couturier britannique installé à Paris, est considéré comme le fondateur de la haute couture moderne. Couturier de l’impératrice Eugénie, il révolutionne la mode en créant des collections, en faisant défiler des mannequins vivants et en imposant sa signature comme celle d’un véritable créateur.

Au sommet de sa carrière, dans les années 1860, Worth choisit de s’installer à Suresnes, sur les hauteurs, près du Mont-Valérien. À l’écart du tumulte parisien mais facilement accessible grâce au chemin de fer et à proximité du Bois de Boulogne et de l’hippodrome de Longchamp, l’endroit est idéal pour recevoir sa clientèle mondaine.

À partir de 1864, il acquiert progressivement un vaste domaine d’environ 15 000 m², sur lequel il fait construire en 1867 une demeure spectaculaire, conçue par l’architecte Denis Darcy. Il y imagine un véritable univers : château d’inspiration Renaissance et médiévale, jardins paysagers avec cascades et grottes artificielles, serres de plantes exotiques, théâtre privé et sculptures, dont certaines provenant des ruines du palais des Tuileries après l’incendie de 1871.

De cette immense propriété, il ne reste aujourd’hui que le Portail aux Escargots, décoré de rubans, de pompons et d’escargots, l’un des emblèmes de Worth. Le château et une grande partie du domaine ont disparu avec la construction de l’hôpital Foch.

Après trois mois de restauration, grâce notamment à la Mission Patrimoine de Stéphane Bern, le portail a retrouvé en mars 2026 ses couleurs et ses décors d’origine. Une jolie façon de faire revivre, à Suresnes, un petit morceau de l’histoire de la mode. 

🔎 Pour aller plus loin…

🏛️ → Infos disponibles sur le site du MUS – Musée d’histoire Urbaine et Sociale de Suresnes, installé dans l’ancienne gare de Suresnes-Longchamp : https://mus.suresnes.fr/parcours-patrimoine/3-hopital-foch

📖 → La brochure de l’exposition Chez Worth, aux origines de la haute couture, présentée du 15 octobre 2025 au 21 juin 2026 : https://mus.suresnes.fr/app/uploads/2026/04/Expo-temporaire-Worth-gros-caracteres.pdf




dimanche 31 mai 2026

Extase végétale dans le Jardin de sculptures de la Dhuys (Chessy, Seine-et-Marne)

Pour Thibaud.

Par une journée de mai, 
entre soleil et averses, 
mon tendre militaire 
m’a offert un petit déjeuner 
en compagnie 
de vos sculptures. 

Quelques heures avant 
j’étais submergée 
par des crises d’angoisse 
liées à des souvenirs 
traumatisants d’abandon. 

Les larmes coulaient 
devant le gouffre 
de la séparation avec 
mon homme, vêtu de départs, 
prêt à rejoindre son régiment. 

En découvrant l’arche 
de vos créatures, 
je me suis demandé 
quelle étrange folie 
avait donné naissance 
à ces monuments de pierre 
gonflés de désirs. 

 J’ai absorbé la puissance 
de vos femmes rondes, 
libres et épanouies 
pour prendre du plaisir 
dans les bras de mon bien aimé, 
contre la terre humide, 
près du cœur palpitant 
des arbres. 

J’ai rêvé que nos lèvres 
s’abreuvaient à la rivière 
de cette extase végétale 
et que notre étreinte 
grandissait comme 
un immense lit 
de feuilles de rhubarbe. 

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Le jardin de sculptures de la Dhuys imaginé par l’artiste Jacques Servières

Voici quelques unes de mes photographies

J'aime cette femme au beau fessier cajolée par son homme

Au cœur du vallon de Chessy-en-Brie se niche un lieu singulier, presque hors du temps : le Jardin de sculptures de la Dhuys. Imaginé par l’artiste Jacques Servières, il se déploie le long d’un chemin bordant la Marne.

D’abord installé dans son propre jardin, l’artiste a dû renoncer à y travailler face aux plaintes du voisinage. Il s’est alors tourné vers les vestiges de l’ancien aqueduc détruit, dont il a sculpté directement les pierres. De ces ruines sont nées une quarantaine de sculptures monumentales, chacune signée de son initiale et datée, comme une empreinte durable laissée dans le paysage.

Influencé notamment par ses voyages à Angkor, son univers, à la croisée de l’art brut et d’une poésie minérale, fait surgir des figures féminines, des créatures mythiques et des animaux, réels ou imaginaires.

Jacques Servières a mené une double carrière : éducateur spécialisé - intervenant auprès d'enfants en difficulté en tant que rééducateur en psychomotricité au sein de l'Education nationale - et sculpteur, initié par des tailleurs de pierre. Aujourd'hui retraité, il se consacre pleinement à la peinture et poursuit ses voyages réguliers au Cambodge. 

Il a écrit ce texte qui figure sur un panneau à l'entrée du jardin : "C'est à partir des pierres de l'ancien aqueduc de la Dhuys bombardé en 1939 que j'ai réalisé ce jardin de sculptures. J'y ai mi, durant une trentaine d'années, toute ma rage et ma folle envie de remonter le courant, sculpture après sculpture, jusqu'à la source de la Marne et de mes désirs. Hélas, mon corps s'est usé à la tâche dans cette recherche de formes et de vies. Les tendinites ont eu raison de mon utopie. Je suis maintenant pleinement heureux d'offrir aux promeneurs un moment de rêve dans cette cathédrale laïque à ciel ouvert au bord d'une eau qui rejoint les océans. Je redécouvre maintenant mon travail avec des pinceaux et des couleurs dans l'incroyable aventure de la peinture, à travers laquelle je poursuis un nouveau chemin sans fin." (septembre 2021, jacques.servieres@wanadoo.fr).


Voici une interview pour le découvrir : 

Collage photos n°1

Collage photos n°2

Collage photos n°3

Le moulin de Quincangrogne

Un lieu de contemplation

J'adore les feuilles de bardane (plante médicinale et comestible!)
autant que celles de la rhubarbe

jeudi 28 mai 2026

Mer intérieure

Je voulais partager une réflexion concernant le poème que j’ai écrit à la main et pour lequel j’ai demandé à une intelligence artificielle d’en proposer une version imagée. Le résultat est, je dois le reconnaître, visuellement très réussi, et m’a agréablement surprise par sa qualité esthétique.

Cependant, je tiens à préciser que je reste opposée à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ce contexte créatif. Malgré la beauté du rendu obtenu, mon choix personnel demeure de privilégier l’expression humaine ainsi que la créativité authentique, qui, selon moi, conservent une valeur irremplaçable.

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mercredi 20 mai 2026

Parfum d'amour, face au tambour

Elephant eye (série Revolutions)
Photographie de Yvette Meltzer

Pour Thibaud qui vit sous l'uniforme militaire

J'ai longtemps respiré ton odeur sur le tissu de ma chemise de nuit avant de confier le vêtement à la mâchoire chromée du monstre, ouverte comme un oeil. 

Au centre du tambour, le linge tournait, essorant mes larmes dans la promesse de retrouver le parfum de notre étreinte. 

Lorsque la machine s'est tue, quelque chose de toi est resté, invisible et tenace, comme une présence que le temps n'ose pas dissoudre. 

La distance s'est alors refermée. 

Et déjà j'imaginais nos corps se rejoindre dans le même sillage, lors d'une permission militaire. Et le monstre n'a pas broyé notre amour. Il grandit encore pour inventer sa propre forme.


J'ai découvert Yvette Meltzer par hasard sur internet, en cherchant des images de machines à laver. C'est une artiste américaine contemporaine, basée à Chicago, qui transforme les tambours métalliques en visages, gueules et formes animales : https://yvettemeltzer.com/revolutions

Le cormoran

La silhouette du cormoran surgit, fragile, telle une encre de Chine répandue sur l'immaculé d'un ciel de papier blanc. Là-haut, dans l'enchevêtrement des branches, il repose sur ses échasses et m'ouvre les bras comme on ouvre un refuge au bord du vertige. Il m'appelle à prendre de la hauteur, à m'élever au-dessus des marées intérieures pour affronter le vent violent qui tourmente les rivages de mon coeur.