La liseuse, Robert James Gordon (1877)

Ce site est le journal de mes découvertes au pays des merveilles des arts et des lettres.

Il est dédié à la mémoire de mon père, Pierre-Henri Carteron, régisseur de l'atelier photographique du Centre Georges Pompidou où il a travaillé de 1977 à 2001.

Un cancer de la gorge lui a ôté la voix. Les mots sont restés coincés en travers.

A ma mère qui m'a nourrie du lait de ses rêves.

"Ecrire, c'est rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour" (La part manquante, Christian Bobin).

mercredi 20 mai 2026

Le parfum de notre amour résiste à la machine à laver

Elephant eye (série Revolutions)
Photographie de Yvette Meltzer

Pour Thibaud

J'ai longtemps respiré ton odeur sur le tissu de ma chemise de nuit avant de confier le vêtement à la mâchoire chromée du monstre, ouverte comme un oeil. 

Au centre du tambour, le linge tournait, essorant mes larmes dans la promesse de retrouver le parfum de notre étreinte. 

Et même lorsque la machine s'est tue, quelque chose de toi est resté, invisible et tenace, comme une présence que le temps n'ose pas dissoudre. 

Et déjà la distance se referme. 

Et nos peaux se mêleront lors d'une permission militaire, jusqu'à se fondre en un seul sillage.


J'ai découvert Yvette Meltzer par hasard sur internet, en cherchant des images de machines à laver. C'est une artiste américaine contemporaine, basée à Chicago, qui transforme les tambours métalliques en visages, gueules et formes animales : https://yvettemeltzer.com/revolutions

Le cormoran

La silhouette du cormoran surgit, fragile, telle une encre de Chine répandue sur l'immaculé d'un ciel de papier blanc. Là-haut, dans l'enchevêtrement des branches, il repose sur ses échasses et m'ouvre les bras comme on ouvre un refuge au bord du vertige. Il m'appelle à prendre de la hauteur, à m'élever au-dessus des marées intérieures pour affronter le vent violent qui tourmente les rivages de mon coeur.

 


La brûlure de l'angoisse

Sa tête est enterrée sous les poids des angoisses
Elle se demande où est passée l'alchimie amoureuse 
Qui l'a embrasée jusqu'aux cheveux 
Elle prie tandis que les larmes remontent à la surface
Elle berce la douleur cachée dans la béance de son coeur
Toutes les pensées honteuses sont parties se nicher dans l'hôtel des insectes.

Imaginez que ce buisson représente des cheveux
dressés sur une tête enterrée